📋 Sur cette page
La reconnaissance faciale n'est plus de la science-fiction. Elle est déployée discrètement dans plusieurs contextes canadiens — parfois légalement, parfois dans une zone grise, parfois clairement en violation des lois sur la vie privée. Comprendre où elle s'applique est la première étape pour se défendre.
Où la reconnaissance faciale est-elle utilisée au Canada?
🛫 Aéroports et frontières
L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) utilise la reconnaissance faciale aux postes d'inspection primaire depuis plusieurs années. Des kiosques biométriques comparent votre visage en temps réel à la photo de votre passeport. C'est présenté comme optionnel, mais dans plusieurs aéroports, les files sans biométrie sont plus lentes ou moins visibles.
Air Canada et d'autres transporteurs ont testé ou déployé l'embarquement biométrique sur certains vols. La participation n'est pas toujours clairement présentée comme facultative.
🏬 Commerce de détail
Des chaînes de détail canadiennes, dont Canadian Tire (dans un test documenté en 2023), ont utilisé des caméras connectées à des systèmes d'analyse faciale pour identifier des personnes signalées pour vols antérieurs. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a jugé que cette pratique contrevenait à la LPRPDE : le consentement n'était pas obtenu, l'affichage était insuffisant, et le traitement était disproportionné.
Dans d'autres commerces, des systèmes d'analyse démographique (genre, âge estimé, humeur) sont utilisés à des fins de marketing sans que les clients en soient informés.
👮 Police et services de sécurité
Plusieurs corps policiers canadiens — dont la GRC — ont admis avoir utilisé Clearview AI, une application américaine qui avait constitué une base de données de plus de trois milliards de photos grattées sur les réseaux sociaux sans consentement. En 2021, le Commissariat fédéral et trois commissariats provinciaux (dont le Québec) ont conclu que Clearview AI avait violé les lois canadiennes. L'entreprise a depuis cessé ses activités au Canada… officiellement.
Des caméras de surveillance dotées d'analyse faciale sont utilisées dans certains événements publics, manifestations et lieux de transit. Aucune loi ne l'interdit explicitement.
Le cadre légal : Loi 25 et LPRPDE
La LPRPDE (Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques) s'applique aux entreprises fédérales et au commerce interprovincial. Elle impose aussi le consentement pour toute collecte de données personnelles, y compris biométriques. Mais les sanctions y sont historiquement plus faibles qu'en vertu de la Loi 25.
Pour les organismes publics québécois (ministères, municipalités, écoles, hôpitaux), c'est la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels qui s'applique. Aucun organisme public québécois ne peut utiliser la reconnaissance faciale à des fins d'identification sans cadre légal explicite — ce qui n'existe pas à ce jour.
Ce que la loi ne règle pas encore
Il n'existe pas au Canada de loi spécifique interdisant ou encadrant précisément la reconnaissance faciale. Le gouvernement fédéral a publié des orientations et ouvert des consultations, mais le dossier stagne depuis 2021. Plusieurs organisations de défense des droits numériques, dont l'Association pour les droits civils dans les nouvelles technologies (ACLU Canada) et la Ligue des droits et libertés au Québec, réclament un moratoire.
Exemples réels de dérives au Canada
Canadian Tire (2023)
Des caméras reliées à un système de reconnaissance faciale identifiaient des clients blacklistés pour vols supposés. Aucun consentement obtenu, aucun affichage adéquat. Jugé illégal par le Commissariat fédéral.
Clearview AI et la GRC
La GRC a utilisé Clearview AI dans des enquêtes criminelles sans en informer les superviseurs. La base de données était constituée illégalement. Enquête conjointe de 5 commissariats au Canada.
Biométrie aéroportuaire opaque
Des voyageurs ont rapporté ne pas avoir été clairement informés que leur visage était enregistré et comparé à une base de données fédérale lors de leur passage aux kiosques d'inspection automatique.
Réseaux sociaux comme base de données
Des entreprises tierces ont indexé des millions de profils québécois sur Facebook et Instagram pour constituer des bases d'entraînement biométrique. Cette pratique contrevient à la Loi 25 depuis 2023.
Comment refuser ou limiter son utilisation
Dans un commerce
- Cherchez un affichage indiquant l'utilisation de caméras analytiques. En l'absence d'affichage clair, c'est potentiellement illégal.
- Posez directement la question au gérant : « Vos caméras utilisent-elles de la reconnaissance faciale? »
- Si oui, vous pouvez demander comment vos données sont traitées (droit d'accès selon la Loi 25) et en demander la suppression.
- En cas de refus ou d'absence de réponse dans les 30 jours, portez plainte à la Commission d'accès à l'information du Québec (CAI) : cai.gouv.qc.ca
Aux frontières et aéroports
- Les kiosques biométriques à la frontière sont présentés comme facultatifs. Vous pouvez demander à passer par un agent humain.
- Pour l'embarquement biométrique des compagnies aériennes, demandez explicitement à utiliser votre carte d'embarquement papier ou numérique classique.
- Si un agent insiste, notez l'heure, le lieu et son identifiant — vous avez le droit de refuser.
Vos droits sous la Loi 25
Pour toute organisation québécoise qui détient vos données biométriques, vous avez le droit :
- D'être informé de la collecte, avant qu'elle n'ait lieu
- D'accéder à vos renseignements
- De les corriger ou de les faire supprimer
- De retirer votre consentement
- De porter plainte à la CAI si ces droits ne sont pas respectés
Outils de protection concrets
Protection physique limitée
- Lunettes à infrarouge (IR-blocking) : perturbent certains systèmes biométriques qui utilisent l'infrarouge. Efficacité variable selon la technologie ciblée.
- Maquillage CV Dazzle : motifs asymétriques sur le visage pour tromper certains algorithmes de détection. Très visible, usage pratique limité.
- Casquette à bord large : réduit l'angle de capture pour les caméras en hauteur. Simple et discret, mais inefficace contre les caméras frontales.
Protection numérique de vos photos
- Fawkes (Université de Chicago, gratuit) : outil qui modifie imperceptiblement vos photos avant publication en ligne pour les rendre difficiles à indexer dans des bases biométriques.
- Limiter les photos publiques sur les réseaux sociaux — régler votre profil Facebook/Instagram en privé réduit la surface d'exposition.
- Désindexer vos photos de Google Images : via le formulaire de suppression de contenu de Google.
Signalement et recours
- CAI Québec : cai.gouv.qc.ca — plaintes sur la protection des renseignements personnels au Québec
- Commissariat à la vie privée du Canada : priv.gc.ca — pour les organisations fédérales ou interprovinciales
- Ligue des droits et libertés : liguedesdroits.ca — ressources et appui juridique
Questions fréquentes
La reconnaissance faciale est-elle légale au Canada?
Son cadre légal est flou. La LPRPDE fédérale et la Loi 25 au Québec exigent que toute collecte de données biométriques soit consentie, nécessaire et proportionnelle. Plusieurs usages actuels — comme la surveillance commerciale sans consentement explicite — sont contestables juridiquement. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a conclu que Clearview AI avait enfreint la loi canadienne.
Est-ce que la police canadienne utilise la reconnaissance faciale?
Oui, plusieurs corps policiers canadiens ont utilisé ou expérimenté des logiciels de reconnaissance faciale, dont Clearview AI. À la suite d'enquêtes du Commissariat fédéral et de commissariats provinciaux, certains ont suspendu leur usage. Mais aucune loi n'en interdit formellement l'emploi, et la pratique reste opaque.
Puis-je refuser la reconnaissance faciale dans un magasin?
En principe, oui — vous pouvez invoquer la Loi 25 ou la LPRPDE pour demander comment vos données biométriques sont traitées et retirer votre consentement. En pratique, si un commerce l'utilise sans affichage ni consentement explicite, c'est déjà potentiellement illégal. Vous pouvez porter plainte à la Commission d'accès à l'information du Québec (CAI).