La cybersécurité — ransomware, hameçonnage, sauvegardes — c'est une chose. La gouvernance des données, c'en est une autre. La Loi 25 t'impose des obligations sur la façon dont tu collectes, traites, et détruis les renseignements personnels de tes clients et de tes employés. Ce guide couvre la deuxième dimension, complémentaire au guide cybersécurité PME.

Nommer un responsable de la protection des données

La Loi 25 (art. 3.1) exige que toute entreprise qui collecte des renseignements personnels désigne un responsable de la protection des renseignements personnels (RPRP). Dans une PME, c'est souvent toi, le ou la propriétaire, par défaut.

Ce responsable doit s'assurer que les politiques de protection des données sont en place, traiter les demandes d'accès des personnes concernées, et gérer les incidents de confidentialité. Son nom (ou son titre) et ses coordonnées doivent être publiés sur ton site web.

📋 Registre des incidents obligatoire Depuis septembre 2022, tu dois tenir un registre de tous les incidents de confidentialité (accès non autorisé, divulgation accidentelle, perte de données). Ce registre doit être conservé au minimum 5 ans et mis à la disposition de la CAI sur demande. Un incident présentant un risque sérieux doit être déclaré à la CAI et aux personnes touchées dans les meilleurs délais.

Collecte minimale : ne demande que ce dont tu as besoin

La Loi 25 (art. 5) codifie le principe de minimisation des données : tu ne peux collecter que les renseignements personnels nécessaires à la finalité déclarée. Demander la date de naissance d'un client pour une livraison de pizza — aucune justification valable.

Revois chaque formulaire de ton site et de tes processus internes. Chaque champ doit avoir une raison d'être documentée. Si tu ne peux pas expliquer pourquoi tu collectes une information, ne la collecte pas.

Consentement explicite vs implicite

Le consentement implicite (opt-out) — par exemple, cocher une case pré-cochée pour s'inscrire à ton infolettre — n'est plus valable pour la collecte de données sensibles au Québec. La Loi 25 exige un consentement manifeste, libre et éclairé.

Pour les communications marketing, tu dois obtenir un consentement explicite (opt-in) : une case non cochée que le client coche lui-même. Pour les données de santé, les renseignements financiers ou les informations sur les mineurs, le consentement doit être encore plus explicite et documenté.

⚠️ Consentement expiré Un consentement obtenu en 2019 pour envoyer des promotions ne couvre pas nécessairement une nouvelle campagne aujourd'hui. Si tu as changé tes pratiques de collecte ou les finalités d'utilisation, tu dois obtenir un nouveau consentement.

Droits d'accès et de rectification de tes clients

Tout client (ou employé) dont tu détiens des renseignements personnels peut, sous la Loi 25 (art. 27–28) :

Tu dois répondre à ces demandes dans les 30 jours suivant leur réception (art. 30). Si tu refuses tout ou partie de la demande, tu dois indiquer les motifs par écrit. Le client peut alors s'adresser à la CAI.

Shopify, Stripe, Mailchimp — qui a tes données clients?

Quand tu utilises Shopify pour ta boutique, Stripe pour les paiements, ou Mailchimp pour tes courriels, ces entreprises deviennent des sous-traitants (en langage Loi 25 : des personnes qui traitent des renseignements pour ton compte). Tu restes responsable de ce qu'ils font avec les données de tes clients.

La Loi 25 (art. 18.3) t'oblige à vérifier que tes sous-traitants offrent des garanties de protection suffisantes. En pratique :

💡 Action immédiate : télécharge et signe les DPA Va dans les paramètres de chaque outil SaaS que tu utilises et cherche « Data Processing Agreement » ou « DPA ». Signe-le et conserve une copie. C'est souvent automatisé (accepter en ligne). Sans DPA signé, tu n'as pas de garantie contractuelle sur ce que le sous-traitant fait avec les données de tes clients.

Courriel marketing : LCAP + Loi 25

Deux lois encadrent ton infolettre au Canada : la Loi canadienne anti-pourriel (LCAP/CASL) au fédéral et la Loi 25 au provincial pour les résidents québécois. Les deux doivent être respectées simultanément.

Sous LCAP, tu as besoin d'un consentement exprès pour envoyer des messages commerciaux électroniques, sauf si tu bénéficies d'une relation commerciale existante (achat dans les 2 ans ou demande de renseignements dans les 6 mois). Chaque message doit inclure :

Les amendes LCAP peuvent atteindre 1 million de dollars pour les particuliers et 10 millions pour les entreprises par violation. Le CRTC applique activement cette loi — des PME québécoises ont reçu des avis d'enquête.

Conservation et destruction sécurisée

La Loi 25 (art. 23) oblige à détruire les renseignements personnels dès qu'ils ne sont plus nécessaires à la finalité pour laquelle ils ont été collectés. Tu dois avoir un calendrier de conservation documenté.

Pour les données d'employés : les dossiers de paie doivent être conservés 7 ans (Loi sur les normes du travail). Les documents liés à des plaintes ou litiges : conserve jusqu'à résolution complète plus un délai de prescription.

La destruction doit être sécurisée : déchiquetage pour les papiers, effacement sécurisé (logiciel de wipe) pour les disques durs, destruction physique pour les supports en fin de vie. Jeter une vieille clé USB contenant des données clients dans le bac de recyclage, c'est une violation.

Sanctions CAI : jusqu'à 25 M$

La Commission d'accès à l'information du Québec (CAI) dispose de deux régimes de sanctions depuis septembre 2023 :

🚨 « Petite entreprise » ne signifie pas exemptée La Loi 25 ne prévoit pas d'exemption pour les PME. La CAI a indiqué publiquement que les enquêtes cibleraient d'abord les secteurs à risque élevé (santé, finance, commerce de détail en ligne) sans égard à la taille de l'entreprise. Des vérifications proactives ont débuté en 2024.

✅ Liste d'actions prioritaires pour ta PME

  1. Nommer un RPRP et publier son titre + coordonnées sur ton site web
  2. Créer un registre des incidents (même simple — un tableur suffit pour commencer)
  3. Signer les DPA avec tous tes fournisseurs SaaS (Shopify, Stripe, Mailchimp, etc.)
  4. Vérifier que tes formulaires utilisent l'opt-in explicite pour le marketing
  5. Publier une politique de confidentialité en français sur ton site
  6. Établir un calendrier de conservation et prévoir une procédure de destruction sécurisée

Pour l'outil d'autoévaluation de la CAI et les ressources spécifiques aux PME, consulte aussi notre vérificateur de conformité Loi 25 pour PME. Pour les questions de surveillance des employés en télétravail, voir le guide surveillance des employés et télétravail.

Questions fréquentes

Mon PME a-t-elle besoin d'un responsable de la protection des renseignements personnels?

Oui. La Loi 25 exige que toute entreprise qui collecte des renseignements personnels nomme un RPRP. Dans une PME, c'est souvent le ou la propriétaire par défaut. Le titre et les coordonnées de cette personne doivent être publiés sur le site web de l'entreprise.

Quelles sont les sanctions si je ne respecte pas la Loi 25?

La CAI peut imposer des amendes administratives jusqu'à 10 M$ ou 2 % du chiffre d'affaires mondial. Pour les infractions pénales graves, les sanctions peuvent atteindre 25 M$ ou 4 % du chiffre d'affaires mondial. Les PME ne sont pas exemptées.

Est-ce que j'ai le droit d'envoyer des courriels marketing à mes clients?

Oui, si tu as obtenu leur consentement explicite ou si tu bénéficies d'une exemption LCAP (relation commerciale existante dans les 2 ans). Tu dois offrir un mécanisme de désabonnement fonctionnel dans chaque courriel et le traiter dans 10 jours ouvrables.